Au Québec, comme presque partout au Canada, la croissance de l’emploi ces dernières années a fait en sorte que la demande de travailleurs venant de l’extérieur du pays s’est grandement intensifiée. L’ensemble des acteurs engagés dans l’insertion sociale et économique de ces nouveaux arrivants, parmi lesquels on compte bien sûr les enseignants des classes de francisation, doit donc mettre les bouchées doubles pour faire en sorte que cette intégration soit réussie.

Parmi ces immigrants issus des quatre coins du monde (Amérique latine, Europe de l’Est, Maghreb, etc.), se retrouvent aussi bon nombre de réfugiés, arrivant souvent chez nous avec leur lot de traumatismes affectant, entre autres choses, leur disposition à tout réapprendre, ce qui inclut bien entendu l’apprentissage d’une langue très éloignée de la leur. Dans ce contexte, le recours aux stratégies de l’Approche Neurolinguistique (ANL) en enseignement d’une langue seconde ou étrangère s’avère l’outil essentiel pour rendre efficace et efficient le temps d’apprentissage en classe dont disposent tous ces apprenants ayant des besoins précis et immédiats (insertion en emploi, logement, communication avec le milieu de la santé et le milieu scolaire, etc.). Les autres approches communicatives plus traditionnelles recourent trop souvent à des documents écrits comme déclencheurs de séquences d’enseignement en classe, en plus de s’en remettre très régulièrement à des exercices ennuyeux et décontextualisés du point de vue de la réalité et des intérêts de ce public d’apprenants. Au final, le temps réel consacré à de véritables interactions signifiantes reste nettement insuffisant. La plus déplorable des conséquences pour ces apprenants adultes suivant cet état de fait, est une sous-performance grave en ce qui concerne leur capacité à communiquer de façon aisée et spontanée face aux locuteurs natifs à la fin de leur parcours en francisation (lequel, en termes de nombre d’heures, peut aller jusqu’à 1000 heures passées en salle de classe!).

Avec la pédagogie de l’ANL, ces apprenants sont tout de suite placés dans des interactions signifiantes pour eux qui leur permettent, même au niveau débutant, d’utiliser et de réutiliser la langue de façon authentique. Ils prennent confiance en leurs moyens rapidement, et les effets sur leur motivation à s’améliorer en français se font tout de suite sentir. Ils apprécient le climat convivial qui s’installe dans la classe, et cela les incite à se déplacer pour venir à leurs cours de façon assidue, même après qu’ils ont commencé à occuper des emplois qui prennent déjà beaucoup de leur temps durant la semaine.

Justin Houde (veste verte) avec une classe de FLI au CEA Le Phénix

Mon nom est Justin Houde et j’enseigne le français langue d’intégration (le FLI, comme on dit ici) auprès d’adultes immigrants dans la ville de Québec, au Canada. J’ai commencé à être formé en correction phonétique par le Docteur Steeve Mercier il y a quelques années, puis, en 2017, j’ai suivi le stage de formation initiale à l’ANL. Depuis ce temps, j’applique les principes de cette pédagogie dans ma classe, et ce, avec beaucoup de succès, si je me fie aux rétroactions très positives que je reçois de mes apprenants.

Mes apprenants s’expriment régulièrement volontiers sur ce qu’ils vivent dans nos classes, et ils perçoivent bien ce qui caractérise notre démarche. Voici quelques exemples :

Dolorès, pays d’origine : Colombie.

« Dans la classe de Prof Justin, on nous fait parler, on ne nous fait pas écrire, écrire, écrire… Cela nous donne de la confiance pour commencer à s’exprimer devant les gens. Vous savez, c’est possible pour moi de comprendre le français quand c’est écrit, mais… on ne peut pas vraiment s’exprimer et encore moins bien comprendre quand des francophones nous parlent : c’est une grande difficulté pour nous tous. Alors, je comprends tout à fait ce que prof Justin fait avec nous. »

Maria, pays d’origine : Colombie.

« Plus qu’une simple séance de cours enseignant-étudiants : on arrive à se sentir en classe comme si on était à la maison, et, pour nous, en tant qu’immigrants, c’est plutôt rare qu’on peut arriver à ressentir ce bien-être dans une salle de classe. »

Howida, pays d’origine : Égypte.

« On m’a fait changer de niveau pour aller dans une classe où les gens sont plus avancés parce qu’on considère que j’ai progressé suffisamment. Je suis d’accord, mais je veux revenir dans votre classe parce qu’avec vous, je développe mon français. Vous me corrigez, vous me faites reprendre mes phrases… C’est de ça que j’ai besoin! »

L’impact est donc notable en ce qui concerne, entre autres, le niveau de confiance manifesté par les apprenants en ce qui a trait à leur volonté de prendre la parole et d’interagir avec leurs partenaires en classe. Il en résulte, selon mes observations et celles aussi de mon supérieur (lorsque celui-ci était venu m’évaluer en classe), une ambiance familiale où règnent l’entraide et l’esprit de camaraderie.

J’ai eu la chance de bénéficier d’un soutien et d’un encadrement constant de la part des formateurs du CiFRAN depuis les toutes premières fois où je me suis mis à appliquer, dans ma classe, les stratégies d’enseignement propres à l’ANL. J’ai aussi profité, dès que j’en ai eu l’occasion, de l’opportunité d’assister à nouveau gratuitement aux autres stages de formation initiale en tant qu’ancien stagiaire afin de tenir à jour mes savoir-faire et d’approfondir ma réflexion en compagnie des formateurs. Je ne retournerais donc jamais en arrière! J’aimais déjà beaucoup mon métier avant d’être initié à l’ANL, mais, depuis que j’ai commencé à en appliquer les principes et stratégies d’enseignement dans ma salle de classe, je crois bien pouvoir affirmer que j’exerce le métier le plus valorisant au monde!

Justin Houde

CEA Le Phénix

Ville de Québec

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