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PTJK / Cognitive Linguistics in the year 2018

Vos formateurs du CiFRAN reviennent de Poznań, en Pologne, où vient de se tenir un congrès de linguistique cognitive (PTJK 2018). Dans l’ouvrage de Claude Germain, ANL, Foire aux questions, nous lisons que « la distinction de Paradis est tout à fait conforme à un courant récent de la « linguistique cognitive », consacré à la grammaire de construction, qui insiste maintenant sur le continuum syntaxe-lexique, plutôt que sur leur séparation » (p. 9). Nous sommes donc allés pour vous à la rencontre des investigations en cours sur la linguistique cognitive.

Initiée notamment par George Lakoff aux États-Unis, sur la base d’une rupture avec la linguistique générative de Noam Chomsky, la linguistique cognitive, à l’instar du champ des recherches en neurolinguistique, considère que l’apprentissage et l’usage des langues ressort du fonctionnement cognitif humain. Toutefois, une différence de taille nous porte à considérer que la conception des langues et de leur apprentissage dans ce champ disciplinaire demeure radicalement « classique », en ce que la plupart des linguistes cognitivistes considèrent que le langage est fondamentalement une forme de connaissance et que la grammaire s’acquiert par conceptualisation.

De ce point de vue, le tournant des neurosciences cognitives, qui met en relief l’importance des phénomènes non conscients dans le fonctionnement cognitif, pourrait sembler ne pas avoir été pris en compte par tous les chercheurs. En même temps, les rencontres faites durant ce congrès montrent que l’orientation de nombreuses recherches actuelles réalisées dans le cadre de la linguistique cognitive est de moins en moins spéculative et de plus en plus fondée sur l’analyse de résultats d’expérimentations proprement empiriques. Deux branches bien distinctes semblent, en effet, diviser la linguistique cognitive : celle des recherches basées sur une analyse purement descriptive de formes linguistiques (héritière de la tradition analytique), et celle de recherches portant sur l’observation des comportements langagiers en situation sociale (proche en cela de l’anthropologie ou de l’ethnolinguistique). Dans le sillon de ce second courant, nous avons rencontré plusieurs chercheurs qui tirent profit des outils d’introspection couramment utilisés par les neurosciences. On peut citer en exemple la remarquable présentation de Johanna Kisseler (« Emotion and context in word processing », de l’Université de Bielefeld, en Allemagne), mais aussi les brillantes analyses de communication multimodale de Cornelian Müller (« Multimodal patterns: Temporality and embodiment of meaning making », de l’Université Viadrina de Francfort à Oder, en Allemagne).

Lorsque nous avons interrogé madame Müller sur les leçons à tirer des études sur la multimodalité de la communication pour les enseignants de langues vivantes, elle nous a confié ceci : « Les enseignants de langue doivent comprendre l’importance de la dimension fondamentalement corporelle et premièrement orale du langage humain; ils doivent également connaître les bases de la multimodalité du fonctionnement de la communication dans les interactions orales, à savoir l’importance de la gestuelle, des postures et des mimiques faciales dans la négociation du sens et des émotions. En même temps, il s’agit là d’un champ conceptuel trop complexe pour être enseigné de façon explicite à des apprenants de langue : les enseignants doivent savoir que cela est en jeu, et ils doivent aussi comprendre comment cela entre en jeu, mais la multimodalité linguistique ne peut pas être enseignée, de façon explicite, en classe. Elle doit être acquise (en classe comme ailleurs) de façon implicite ». Et nous ajouterons : au travers des modélisations.

Actuellement, deux enseignants d’Allemagne ont été initiés à l’ANL, mais à la suite de nos échanges avec plusieurs professeurs-chercheurs et enseignants de langue du congrès qui semblent intéressés par l’ANL et les formations que nous proposons, notre approche pourrait s’étendre en Europe centrale.

À suivre…

Olivier Massé

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